Cannes 2023 : Valérie Donzelli, la fantaisie dans le drame

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Cannes ne laisse pas toujours de joyeux souvenirs. Valérie Donzelli, qui avait été encensée sur la Croisette pour La guerre est déclarée, en 2011, en a fait la dure expérience en 2015, quand son quatrième long-métrage, Marguerite et Julien, l’histoire d’un frère et d’une sœur incestueux, retenu en compétition officielle, fut éreinté par la critique le soir même de sa présentation. Elle savait que le film pouvait diviser, elle n’imaginait pas un accueil si violent. La fête s’est terminée avant d’avoir pu commencer.

Depuis, la comédienne et cinéaste a réalisé Notre dame (2020), délicieuse comédie sur les errements de la vie adulte qui a su réenchanter le public. Et revient au Festival, cette année, avec son plus beau film. Le plus sombre, aussi. L’Amour et les forêts (en salle mercredi 24 mai). Une adaptation du roman éponyme d’Eric Reinhardt (Gallimard, 2014). Un livre qu’elle a lu – ironie du hasard – pendant le tournage de Marguerite et Julien. « J’ai vu dans ce livre un roman policier, et tout de suite saisi son potentiel cinématographique. »

Les idées, chez Valérie Donzelli, prennent du temps à germer, et c’est seulement en 2021 qu’elle décide de concrétiser cette envie, longtemps éprouvée, de réaliser un thriller. « Entre-temps, j’avais rencontré Audrey Diwan sur le tournage de son film Mais vous êtes fous (2019). Nous nous sommes mises à l’écriture avec, en ligne de mire, le projet de raconter le mécanisme de l’enfermement mental et de l’emprise. La rencontre de Blanche [Virginie Efira] et Grégoire [Melvil Poupaud] n’existait pas dans le livre, nous l’avons imaginée. »

La grâce de ne pas en rajouter

Celle-ci se produit en Normandie, dans la clarté d’un été radieux, à l’image de l’amour naissant qui finira par se désintégrer. « L’amour qui se déglingue est un thème commun à tous mes films. C’est ce qui m’intéresse. On ne connaît pas la personne que l’on rencontre. L’amour n’est que projections d’idéalisation de l’autre, c’est la beauté de l’illusion. »

L’ Amour et les forêts met donc en scène (par l’éclairage, la bande-son et le choix des lieux) cet insidieux passage de la lumière à la grisaille, de l’allégresse à l’emprisonnement. « Je voulais que le film bascule de Rohmer à Hitchcock », souligne Valérie Donzelli, dont ce nouveau long- métrage vient, selon elle, avec Notre dame et sa série Nona et ses filles (2021), former une trilogie sur la condition féminine. « Parce que, dit-elle, la violence faite aux femmes est insupportable. Une femme qui meurt tous les trois jours sous les coups, le viol comme arme de guerre, c’est insupportable. On subit, et rien ne change. »

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Lot atik