Haïti: La Noël, une fête gâchée par la crise multidimensionnelle

Haïti: La Noël, une fête gâchée par la crise multidimensionnelle

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Haïti: La Noël, une fête gâchée par la crise multidimensionnelle

Moins de 24 heures avant la Noël, Port-au-Prince est dans le doute. Plus d’un se demandent : « Tonton Nwèl » viendra-t-il cette année ? Plusieurs citoyens interrogés à ce sujet affirment qu’ils n’ont pas le cœur à la fête. Crise socio-politique et surtout économique obligent, les haïtiens assistent impuissants à l’effritement d’une tradition qu’ils tiennent pourtant à cœur. VBI a traîné son micro…

Port-au-Prince, 22 décembre 2022-. Béatrice Jean, large chapeau en paille vissée sur la tête, jeans délavé, un gros manteau: arsenal pour se protéger contre ce soleil accablant de midi. Elle a 22 ans et vend des sucreries. La native de Jacmel croit que la Noël disparaîtra en Haïti dans quelques années si la situation reste inchangée. “C’est une tradition qui se perd. Les multiples problèmes auxquels est confronté le pays nous font oublier le sens de cette fête », lâche-t-elle, une pointe de tristesse dans la voix.

D’habitude pour la Noël, elle vend des jouets, une activité de loin plus bénéfique et rentable que les sucreries. Mais cette année, elle s’est résignée à vendre des friandises, car les parents n’ont pas les moyens de se procurer des cadeaux pour leurs enfants, explique Béatrice assise devant son petit commerce.

L’insécurité, véritable rabat-joie

La population est prise en otage. Les espaces publics et les bars sont quasi-vides. Les citoyens se terrent chez eux par peur de se faire kidnapper ou tuer. Robert Joseph, un marchand de bijoux artisanal est témoin de l’enfermement dont vit les citoyens. « Les gens ne sortent presque plus. Le Champs de Mars est orphelin de ses friands de plaisir », déclare le père de deux (2) enfants.

Le négoce de Joseph en fait carrément les frais. Les clients sont aux abonnés absents. « D’habitude je vends des bijoux aux membres de la diaspora qui viennent fêter avec leurs proches. Or, les haïtiens en dehors du pays n’osent pas rentrer cette année. Ils ont trop peur”, explique l’homme frisant la quarantaine.

La diaspora haïtienne a toujours grandement contribué à rehausser l’éclat de la célébration de la Noël en Haïti. “Lorsque le pays était stable, tout le monde pouvait fonctionner en toute quiétude : les activités commerciales étaient plus rentable et les compatriotes de la diaspora rentraient en masse”, se rappelle Manise, une artisane.

Pour elle, célébrer la Noël nécessite un climat serein. « On ne peut pas parler de fête dans des conditions aussi dégradantes, quand tout le pays, particulièrement Port-au-Prince, est gangstérisé et que ce sont les bandits qui font la loi”, déplore James Jacques, étudiant en sciences économiques à la Faculté de Droit et des Sciences Économiques (FDSE). « Comment demander aux gens de fêter, quand ils n’ont rien à manger, et de surcroît, ont peur ? », s’interroge-t-il

La crise du carburant met à mal la machine de la fête

Depuis plus d’un an, le pays fait face à une crise de carburant sans précédent. Les pompes sont à l’arrêt. Le précieux liquide ne se distribue plus. Les consommateurs, paniqués, ne savent pas à quel Saint se vouer. En pleine période de Noël, la situation n’a pas vraiment changé. Clifford, chauffeur de taxi, ne cache pas son ras-le-bol : « Nous ne pouvons pas trouver l’essence alors que le prix a augmenté. C’est toujours le marché noir ! Comment parler de fête ? », peste le trentenaire.

« Plus les gens sortent, plus les chauffeurs de taxi moto sont demandés. Mais avec cette rareté de carburant à répétition, l’élan des festivités ralentit », croit pour sa part John, un autre taximan. “Parfois on a un client, on n’a pas d’essence. Parfois on en a, mais on a du mal à trouver les preneurs, parce que le tarif de la course devient trop cher”, poursuit le fan de l’Argentine, le petit drapeau bleu et blanc accroché devant sa moto.

La crise économique, l’insécurité, la rareté de carburant… arrachent le goût de la fête aux haïtiens. A quelques heures de la Noël, les rues ne sont pas décorées comme à l’ordinaire. L’insalubrité s’impose. Même les grosses entreprises ne donnent pas le ton… Si la Noël demeure dans le cœur des haïtiens, mais dans leurs têtes, ce sont les problèmes vitaux qui rythment malheureusement leur quotidien.

Wandy Ferrari CHARLES
Anderson Alexandre

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