S’aimer comme on se quitte : « Ses fenêtres sont ouvertes, j’ai envie de crier son nom »

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Premier jour

Je me prépare à un très grand chamboulement. Dans quelques semaines, notre mère porteuse doit accoucher de notre petit garçon que nous attendons avec mon conjoint. Cela fait cinq ans que nous y consacrons beaucoup de notre couple. J’ai peur de me sentir avalé, de ne plus avoir de temps pour moi, de devenir prisonnier. Je cherche des espaces de liberté, de l’effervescence.

Cette grossesse à distance m’angoisse. On est loin, on ne connaît pas bien le processus de la gestation pour autrui, on est tout seuls dans notre expérience. Notre entourage ne nous soutient pas trop. Je suis heureux aussi de cette vie qui s’annonce, mais je suis superstitieux alors je ne laisse pas trop de place au bonheur, j’ai peur que ça foire. Tout se mélange, j’ai besoin d’évasion.

Il y a cette soirée guindée à laquelle nous sommes invités. Cocktails, petits fours, buffet incroyable, que des gens beaux et très bien habillés qui se regardent entre eux. J’hésite à y aller, j’ai envie de boire et de danser, mais pas dans un espace où tout le monde va me faire sentir qu’il n’y a rien qui va, que mes cheveux font leur vie sans moi et que mes cernes se creusent. Mon compagnon insiste, j’accepte d’y aller, et je me dis que ce n’est pas grave, que j’irai danser après, au cours d’une de mes virées nocturnes.

J’en fais souvent, des virées nocturnes. En général, au départ, il y a un dîner conventionnel pas très marrant, avec des amis que je connais bien mais sans surprise, sans adrénaline, sans aventure. Je me mets à battre du pied sous la table, il faut que je m’échappe. Au moment où les convives ennuyeux vont se coucher, ma soirée commence. C’est ma soupape. Je marche très vite et tout seul dans les rues de Paris. Mes traversées sont solitaires, pas de camarade qui râle parce que je déambule trop.

J’enchaîne les bars gays. Je parle à des gens que je ne connais pas, on ne se donne pas nos prénoms, pas nos métiers, on s’en fout, on est loin de nos statuts sociaux de la journée, on parle de l’alcool qu’on boit, de la musique qui passe en fond. C’est l’antithèse de ce que je vis deux heures plus tôt. C’est une pulsion de vie, pas vraiment sexuelle, un roulage de pelle ou deux, mais c’est tout. Je me sens en famille dans ces lieux homos, on se comprend sans se parler, ce qui n’est pas le cas des dîners hétéros.

A la soirée chic où je suis avec mon compagnon, je pense déjà à ça, à mon échappatoire d’après. On atterrit dans un espace VIP somptueux. Le nombre de gays au mètre carré est très élevé. Je me sens mal habillé, surtout par rapport à cet homme – il s’appelle Gabriel, je l’apprendrai après. Il est très sapé. Nos regards sont électriques. J’essaye de ne pas le regarder, parce que je pense que c’est blessant pour mon conjoint. Je n’aime pas quand il fait ça avec moi, alors j’essaye de ne pas le faire, on n’est pas un couple libre.

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Lot atik