Serbie : face à la contestation, le président organise un gigantesque rassemblement de soutien

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Des dizaines de milliers de partisans amenés par bus entier de toute la Serbie et même du Kosovo et de la Bosnie, des écoles et des théâtres fermés dans tout le pays, des fonctionnaires fortement « invités » à faire le déplacement… Comme aux plus grandes heures de la Yougoslavie, le président serbe a organisé, vendredi 26 mai, un gigantesque rassemblement avec tous les moyens de l’Etat pour répondre à la contestation inédite qui secoue ce pays des Balkans depuis les deux fusillades qui ont fait dix-huit morts début mai.

« Seule une Serbie forte et unie peut faire face aux problèmes », a clamé Aleksandar Vucic devant une foule estimée par le pouvoir « à 200 000 personnes », réunies sous une pluie battante devant le Parlement, en plein cœur de Belgrade, après avoir été transportées gratuitement depuis tout le pays. M. Vucic a profité de ce rassemblement, baptisé « La Serbie de l’espoir », et présenté comme « le plus grand de toute l’histoire de la Serbie », pour tendre la main aux opposants en leur promettant « l’ouverture d’un dialogue », tout en fustigeant « les politiciens qui ont essayé d’abuser de la tragédie ».

Ancien ministre de l’information du défunt dictateur Slobodan Milosevic, élu premier ministre puis président sans discontinuer depuis 2014, M. Vucic espère ainsi désamorcer le mouvement de contestation baptisé « La Serbie contre la violence » qui l’accuse d’avoir une responsabilité au moins indirecte dans la tuerie survenue dans une école de Belgrade le 3 mai, au cours de laquelle un adolescent de 13 ans a abattu neuf de ses camarades et le gardien de son école, ainsi que dans la fusillade survenue le lendemain dans une zone rurale au sud de la capitale serbe, qui a fait huit morts.

Le mouvement organisé par l’opposition demande la démission du ministre de l’intérieur et du chef des services de renseignement. Il reproche aussi aux médias progouvernementaux leurs programmes de téléréalité faisant l’apologie de la criminalité et de la violence. Mais les opposants reprochent plus largement au président ses connexions mafieuses et « une forme de crise morale et politique dont on ne peut sortir que par un redémarrage du système politique, associé à un travail sur notre histoire et la place de la violence dans notre société », affirme Dobrica Veselinovic, un des dirigeants du parti de gauche écologiste « Ne laisse pas tomber Belgrade ».

« C’est le début de la fin »

Le dernier rassemblement de l’opposition, vendredi 19 mai, a surpris par son ampleur, avec des dizaines de milliers de personnes dans les rues de la capitale. De nombreux manifestants ont fait la comparaison avec les manifestations historiques qui ont mené à la chute de Slobodan Milosevic en 2000. Ancien nationaliste, M. Vucic est arrivé au pouvoir en 2014 en promettant de mener son pays vers l’adhésion à l’Union européenne, mais il a progressivement pris un tour de plus en plus autoritaire, tout en cultivant ses liens avec la Chine et la Russie, sur le modèle du premier ministre nationaliste hongrois, Viktor Orban. Le ministre magyar des affaires étrangères a d’ailleurs fait le déplacement à Belgrade, vendredi, pour prononcer un discours en soutien à M. Vucic.

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