Violences sexuelles dans l’Eglise : la délicate question de l’évaluation des indemnités des victimes

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Comment évaluer la valeur d’une vie brisée ? Une existence entière passée à souffrir, à ressasser une agression aux lourdes conséquences psychiques, parfois identiques, souvent différentes d’une personne à une autre. Un an après la remise du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (Ciase), deux structures mises en place dans la foulée cherchent à répondre chaque jour à cette question, afin de tenter d’apporter une reconnaissance et de soulager, autant que faire se peut, les victimes. Montées à l’initiative des hiérarques de l’Eglise, la Commission de reconnaissance et de réparation (CRR) et l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (Inirr) travaillent ainsi à recevoir, écouter, puis estimer une indemnité pour les victimes.

« C’est un exercice impossible. C’est une mission impossible que de réparer et d’évaluer au plus juste le coût d’une vie brisée. C’est en cela que la dimension financière est insuffisante », tient d’emblée à préciser la juriste Marie Derain de Vaucresson, à la tête de l’Inirr. Car ceux qui s’adressent à son organisation ou à la CRR dirigée par Antoine Garapon, magistrat honoraire, ont souvent besoin de bien plus que d’argent. Souvent victimes d’une agression qui s’est produite plusieurs décennies auparavant, prescrite par la loi et donc échappant à tout cadre légal, beaucoup attendent aussi une reconnaissance du mal qui leur a été fait et de la faute commise par l’Eglise.

Dans chacune des deux instances, des collèges composés de psychologues ou encore de juristes traitent les cas un par un, en discutent, cherchant à trouver la bonne somme ou la bonne réponse selon plusieurs critères. A l’Inirr, trois axes ont été retenus : la gravité des faits, la réponse de l’Eglise et les conséquences sur la personne. Un système de cotation, à partir du récit rédigé par le référent en accord avec la victime qui le valide, permet ensuite d’établir la somme qui sera éventuellement versée ou l’accompagnement qui sera assuré. L’argent est issu du fonds de solidarité et de lutte contre les agressions sexuelles sur mineurs abondé par les diocèses ; l’indemnisation peut aller jusqu’à 60 000 euros.

Au CRR où la même échelle a été retenue, les fonds viennent des congrégations religieuses dont les agresseurs sont issus. Ici aussi on tient compte de la nature des faits mais également de l’effet de « dévastation » qu’ils ont pu avoir sur la victime.

« J’ignorais complètement ce que je devais demander »

En clair, une fois tous les critères recoupés dans une instance comme dans l’autre, un viol, par exemple, pourrait être considéré comme nécessitant une réparation moins importante qu’un attouchement. Ainsi seront mieux indemnisés ceux qui se retrouvent davantage affectés dans leur vie quotidienne, financière ou affective.

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Lot atik